Mar 102016
 
DSC_0252 Je suis nouvelle dans ce pays et cherche un psy. Le meilleur bien sûr pour moi.
On m’a dit qu’un conseil scientifique s’est créé au Luxembourg, composé de 6 membres qui eux sauraient quelles sont les psychothérapies sérieuses et efficaces ou non. Cela doit être des gens très savants.
Il y aurait un professeur en psychologie de l’Université qui lui-même n’aurait jamais pratiqué ni la psychothérapie ni la psychologie clinique. Il serait d’avis qu’il n’est pas nécessaire de pratiquer soi-même pour pouvoir évaluer les pratiques des autres. Il est vrai qu’une telle pratique pourrait entamer sa belle croyance dans la science.
Imaginez un chirurgien n’ayant jamais opéré quitte à avoir étudié toutes les techniques et tous les protocoles opératoires des autres. Lui demanderait-on d’évaluer la pratique de ses collègues? A lui qui n’aurait jamais vu de ses yeux que l’anatomie individuelle n’est pas une copie conforme des dessins dans le livre ? En psychothérapie c’est peut-être différent. Je veux bien y réfléchir si on m’explique. L’abstinence, ne pas prendre la place, ne pas s’y prêter, le savoir vierge, la science qui garantirait. Freud n’avait pas pensé à cette piste quand il s’est posé la question de comment manier les mouvements transférentiels entre patients et psys. L’abstinence par l’abstinence.
Et moi, que vais-je faire maintenant?
Que me conseillerait le professeur?
Madame, réfléchissez bien, prenez plutôt des médicaments ou faites du sport. Si vous voulez absolument prendre le risque d’une rencontre avec vous-même et avec un psychothérapeute, choisissez-en un qui a une pratique scientifique reconnue par nos soins. Cela pourrait diminuer les risques qu’une rencontre ait lieu, rencontrez plutôt une belle théorie qu’un affreux inconnu.
Et cela va m’aider, docteur?
Vous, on n’en sait rien, mais les chiffres disent que c’est efficace à tel pourcentage sur tel type se symptômes. Vous croyez aux chiffres, j’espère?
Merci docteur, je pense que je vais m’abstenir et continuer à chercher le meilleur, le meilleur pour moi.

Mar 112015
 

(L’interview qui suit a paru dans le Tageblatt du 23 février 2015. Les propos ont été recueillis par Luc Laboulle.)

notAcouchTageblatt: Das Parlament wird über ein neues Gesetz abstimmen das den Beruf des Psychotherapeuten etabliert und gleichzeitig auch regulieren und besser schützen soll. Braucht Luxemburg eine solche Regelung?

Jean-Claude Schotte: In den Medien wurde in den letzten Monaten viel Panik verbreitet. Es wurde von Scharlatanen gesprochen, die Geld ergaunern wollten. Die Gesundheitsministerin hat sogar noch einen drauf gesetzt, als sie vor zwei Monaten im Fernsehen behauptete, ohne Reglementierung würden die Scharlatane aus dem Ausland nach Luxemburg kommen. Doch ich frage mich, wo die Zahlen sind, die dies belegen? Wo sind die Studien, die beweisen, dass es so viele gefährliche Scharlatane gibt? Die einzige Organisation, die über Zahlen verfügt, ist die “Patientevertriedung“, die zwei bis drei Beschwerden pro Jahr zählt. Das ist sehr viel weniger als die Beschwerden über Ärzte, deren Beruf gesetzlich reglementiert ist.

Tageblatt: Wie ist die Situation in anderen europäischen Ländern?

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Dec 102014
 
fraude

On a beau mettre en avant l’urgence de la situation luxembourgeoise avec ses nécessités objectives supposées. Il n’en reste pas moins qu’au départ, le projet de loi sur les psychothérapies est né de l’effort concerté d’un nombre très restreint de personnes. Des personnes qui, pour la plupart, n’ont ni la formation, ni l’expérience du métier sur lequel elles se sentent appelées à légiférer.

Malheureusement, parmi ces personnes, peu nombreuses sont celles qui se présentent officiellement comme auteurs ou contributeurs du projet de loi. Et moins nombreuses encore sont celles qui se soient donnés la peine d’en formuler une explication officielle.

Il appartient assurément à l’exercice autoritaire du pouvoir de ne pas avoir à s’expliquer. Car qui s’explique, qui se met à argumenter s’expose au risque de critiques légitimes. Et qui accepte les conditions de la discussion rationnelle abandonne le privilège de la coercition.

Qu’en serait-il alors, si la procédure législative était démocratique ?
Qu’en serait-il, de ce projet de loi, si le législateur s’était donné la peine non seulement d’écouter les deux ou trois intervenants privilégiés, mais d’entendre tous les intervenants sur le terrain ?
Qu’en serait-il donc, si les personnes derrière le projet de loi sur les psychothérapies avaient dû formuler de véritables arguments au soutien d’un texte qui, selon la formulation bien prudente du Conseil d’État, aura « pour effet qu’un certain nombre de personnes pratiquant d’ores et déjà la psychothérapie ne seront plus couvertes par la nouvelle réglementation et s’exposent à d’éventuelles poursuites pour pratique illégale d’actes psychothérapeutiques »[1] ?

Un « certain nombre » ?

Un nombre d’ores et déjà bien certain !

Soit : l’ensemble des thérapeutes, médecins, psychologues ou autres à la base, qui ne disposent pas du futur diplôme de l’Université du Luxembourg ou de diplôme reconnu comme équivalent et qui ne se retrouve pas dans cet « accompagnement psychologique » qu’on leur a apparemment aménagé comme porte de secours.

Qu’en serait-il, si l’on dressait une petite liste ordonnée des arguments glanées ici ou là dans des discussions officielles et inofficielles, dans des entretiens à la radio et dans de petits pamphlets publicitaires ?
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Notes    (↑ returns to text)
  1. Avis complémentaire du Conseil d’État, 7 octobre 2014, p. 2.

Nov 142014
 

charlatanGrâce au projet de loi sur les psychothérapies, nous savions que le Luxembourg courait de « grands dangers » et que ses patients, vulnérables par définition, étaient exposés à de « graves dérives ».

Le danger, nous avertissent toujours les alarmistes, viendrait d’un nombre inquiétant de soi-disant « charlatans » se prétendant psychothérapeutes : « […] le constat en terme de prise en charge des patients en psychothérapie est inquiétant: certains d’entre eux ne sont pas traités correctement ou mal accompagnés par de soi-disant psychothérapeutes qui sont soit mal formés, soit pas formés du tout ! »[1]  

Qu’on s’imagine !

Mais jusqu’à présent, les ténors de la menace taisaient le nombre de ces malfaiteurs supposés. Les charlatans se propageraient, selon les dénonciateurs, du fait d’une « législation passablement obsolète et qui, surtout, place le commun des patients potentiels dans un brouillard opaque ». (Le Jeudi du 30.10.2014, p. 6).

Nous savons entretemps grâce au président de la Société Luxembourgeoise de Psychologie (SLP) et chargé de direction du Centre d’Information et de Prévention, que « pas mal de gens peu sérieux en profitent pour leur extorquer de l’argent ».

Le brouillard législatif ne cacherait donc pas seulement de faux thérapeutes, mais encore des maîtres-chanteurs s’adonnant à des délits en toute impunité.

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Notes    (↑ returns to text)
  1. Georges Steffgen dans le Wort électronique du 12 novembre 2014 à 16:37

Nov 012014
 

controlDans sa contribution « Petite chronique d’une guerre : les derniers Juifs », Jean-Claude Schotte relate la déclaration de l’un des représentants de la Société Luxembourgeoise de Psychologie, nous désignant de « dernière génération » de psychanalystes au Luxembourg.

Des personnes apparemment mieux avisées suggèrent de ne pas prendre de tels énoncés au pied de la lettre. Le législateur, pensent-ils, ne se laissera pas abuser par les velléités de pouvoir de l’intérêt particulier d’un petit groupe d’influence.  

Pourtant, ces conseils bienveillants ne semblent plus aujourd’hui convaincants. Les velléités de pouvoir ont déjà eu un impact réel sur le texte du projet de loi. De fait, ils le déterminent de part en part.
Et quand il sera voté, le texte déterminera à son tour ce qu’il en sera de la réalité concrète de toute une profession.  

Le pouvoir, selon l’une des définitions les plus concises, consiste dans « la capacité d’une personne ou d’un groupe de personnes d’affecter les résultats de manière à ce que leurs préférences l’emportent sur les préférences d’autres ». [1]

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Notes    (↑ returns to text)
  1. (Susan Strange : The Retreat of the State. Cambridge University Press, 1998, p. 17)