Oct 292014
 
Je suis psychanalyste, je parlerai donc en tant que tel. Le psychanalyste que je suis est toujours intéressé de savoir qui parle, à partir d’où, au nom de qui ou de quoi, et à qui. Question d’adresses si vous voulez – des adresses, ma foi, qui ne sont pas nécessairement connues, ni même de ceux qui parlent. S’il est des choses que le psychanalyste sait, c’est par exemple qu’il ne sait pas d’emblée ni même jamais tout à fait entre qui cela se joue, par-delà les premières apparences. Les paroles des analysants nous arrêtent, nous interpellent.

Au printemps 2013, je ne réalisai pas encore à quel point ma pratique est une affaire proprement politique, tant dans mon cabinet qu’en dehors. Et je n’envisageais point que je consacrerais dans l’année qui suivrait bientôt une bonne part de mon temps à faire de la politique, à l’extérieur de mon bureau. Aujourd’hui, en cet automne 2014, il m’apparaît obligé de partager quelques expériences, faites entretemps. Elles sont surprenantes, je dirais même stupéfiantes. Il faut que quelqu’un s’en rappelle. J’entreprendrai donc d’en communiquer quelques unes. On pourrait baptiser cela Petite chronique d’une guerre.

La guerre, dit-on, est violente, meurtrière : elle surgirait là où des différends n’arrivent pas à être résolus par le débat, dans un échange d’idées, par des concessions de part et d’autre. La politique en revanche serait le terrain plus civilisé de la persuasion, des arguments, des actes aussi, ceux qui créent du nouveau, qui débloquent la situation, qui rendent possible une coexistence paisible, durable. Est-ce exact ?

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Oct 052014
 
censureQuand les scientifiques se mettent à raisonner en des termes aussi abstraits et grandiloquents que certains chefs d’État, il est important de dresser l’oreille.

Alors que l’« exposé des motifs » de la première version du projet de loi luxembourgeois sur la psychothérapie nomme la psychanalyse parmi les approches thérapeutiques ayant fourni les preuves d’une « validité scientifique tangible », alors que le discours ministériel et politique a toujours exprimé sa bienveillance et sa « bonne foi » à l’égard de la psychanalyse, alors même que les auteurs du projet de loi se sont toujours dits ouverts d’esprit, les premiers concernés, certains cliniciens travaillant sur le terrain ont rapidement senti le roussi.

Car ce qui se manigance derrière les beaux discours de l’ouverture, ce qui se mijote derrière les belles faces de la tolérance n’est rien de moins qu’une attaque radicale de la diversité thérapeutique.

Les psychanalystes sont loin d’être les seuls à avoir attiré l’attention sur cette contradiction entre la face publique – la publicité mensongère – et la signification pratique et concrète de la règlementation monopolistique d’une profession.

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Oct 022014
 
Luxembourg, le 29 septembre 2014
La Commission parlementaire de la Santé, de l’Égalité des chances et du Sport va bientôt adopter une législation sur les psychothérapies dont l’effet – et peut-être l’intention – est de dépouiller une profession de sa diversité.
Cette diversité est officiellement affichée, de même que les intérêts des patients qui doivent être protégés d’apparents graves dangers de thérapeutes travaillant hors du cadre d’une “science” définie nulle part.
Mais de fait, les conditions d’accès à la formation, au titre et à la profession postulées par la nouvelle loi excluent, sans autre détour, tout psychothérapeute qui ne soit ni médecin, ni psychologue, ou qui n’ait pas fait ses études de psychothérapie à l’Université du Luxembourg.
Alors que la procédure législative est plus ou moins bouclée, la Commission de la Santé invite les représentants de quatre groupes de psychothérapeutes pour un dernier échange d’idées de 30 minutes.

La Société Psychanalytique du Luxembourg est consciente que sous sa forme actuelle, la loi Luxembourgeoise condamne l’avenir de la psychanalyse au Luxembourg. Ainsi, le Luxembourg sera le seul pays en Europe où de futurs psychanalystes ne pourront plus exercer du fait de ne pas avoir de formation calquée sur le modèle de Master en Psychothérapie de l’Université du Luxembourg. (Inversement, les personnes ayant réussi ce Master ne pourront le faire valoir nulle part ailleurs qu’au Luxembourg.)

Voici l’argumentaire critique de la S.P.L. adressée à la Commission de la Santé :

Aide-mémoire à l’intention de la Commission de la Santé, de l’Egalité des chances et des Sports

La psychanalyse existe, depuis plus de 100 ans.

Elle existe dans l’ensemble des pays occidentaux démocratiques, au même titre que nombre d’autres types de psychothérapie.

De manière générale, la formation à la psychanalyse n’est pas réservée aux médecins ni aux psychologues.

Cette formation est depuis plus de 100 ans assurée dans des instituts, des écoles et des associations non-universitaires.

En quoi consiste la formation psychanalytique ?

Elle inclut :

  • la psychanalyse personnelle, qui en constitue le fondement,
  • des cours théoriques,
  • des études de cas cliniques,
  • et une pratique supervisée et contrôlée.

Aucune école de psychanalyse, aucun institut de formation psychanalytique ne propose des cours spécialisés en diagnostic, ne fournit des ECTS, n’enseigne des stratégies, ni n’assure de formation en auto-apprentissage (article 4).

La question qui s’impose alors est celle-ci : la psychanalyse continuera-t-elle d’exister au Luxembourg une fois que la loi sur les psychothérapies sera votée ?

Non !

Les psychanalystes qui voudront exercer, travailleront dans l’illégalité, alors qu’ils sont dûment formés et que leurs services sont demandés et appréciés par le public. Et la même chose arrivera à beaucoup d’autres psychothérapeutes, pourtant formés et utiles.

Pourquoi seront-ils dans l’illégalité, pourquoi disparaîtront-ils?

1. Selon la loi (articles 2, 3 et 4), l’admission au titre et à la profession du futur psychothérapeute exige deux choses :
soit un Master de psychologie soit une formation de médecin, au départ ;
et puis, une formation universitaire en psychothérapie sur le modèle luxembourgeois avec des ECTS.

2. Or, de manière générale, les pays européens disposant d’une législation sur les psychothérapies n’interdisent pas aux non-psychologues et aux non-médecins l’accès à la formation, le port du titre et l’exercice de la profession de psychothérapeute.

Et à l’heure actuelle, la majorité des formations psychothérapeutiques en Europe n’est pas assurée par des universités. Dans les pays disposant d’une législation, la plupart des formations, inclusion faite de la psychanalyse, est assurée par des instituts privés, reconnus par les États respectifs.

En conséquence, la loi luxembourgeoise sur les psychothérapies fera que demain, aucun psychanalyste, qu’il ait suivi une formation en Europe ou ailleurs, ne saura faire valoir ses titres ou exercer sa profession au Luxembourg. Il pourra travailler en Belgique ou en France par exemple, mais pas au Luxembourg.

Est-ce vraiment cela que veut le législateur ?
Il est à notre sens parfaitement possible d’établir une législation sur les psychothérapies qui permette à terme d’organiser le remboursement de certaines formes de psychothérapie, sans du même coup criminaliser toutes les autres formes.

Les psychanalystes ne demandent qu’une chose : pouvoir continuer à travailler et à se former à la manière instituée, qui s’est avérée la plus adéquate pour leur pratique clinique.

Pour la S.P.L.

Jean-Claude Schotte
Psychanalyste
Docteur en philosophie
Licencié en lettres classiques
D.E.A. en linguistique
(Président de la SPL)
Thierry Simonelli
Psychanalyste
Docteur en psychologie
Docteur en philosophie

(Secrétaire de la SPL)
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